JULIEN LEBARGY. EST-CE QUE JE PEUX?

Nous avons visité Julien Lebargy, artiste multidisciplinaire en art visuel, dans son atelier de St-Romuald alors qu’il avait une remise importante de projet pour le lundi suivant et travaillait à la fois sur une maquette pour un concours d’un 1% pour la fin de l’automne. Malgré la température humide de canicule en ce vendredi après-midi et toutes les idées qui semblaient bourdonner dans sa tête, il a été d’une grande générosité de son temps et de ses expériences. C’est que bien que nous le connaissions déjà un peu, nous avons découvert un artiste au désir intense d’apprendre et d’enseigner en retour. Pour lui, l’art s’avère plus que tout une façon accessible pour tous et chacun de s’exprimer librement. Il ne semble exister aucune autorité pouvant te dire de faire quelque chose ou non. Alors, à: « est-ce que je peux? », Julien répond: « Tout doit être fait! »

Julien semble avoir toujours su appliquer ce principe dans ses choix de vie puisqu’il est loin d’avoir un parcours banal. Vivant la banlieue parisienne, après le Lycée il s’intéresse davantage aux sports et à la musique qu’aux autres matières académiques. Il rempli alors sa demande d’admission pour l’université en copiant sur celle de son voisin ne sachant trop pour quelle faculté il venait de faire la demande. Le hasard l’amène donc à poursuivre ses études en langues et civilisations étrangères. Il se rendra jusqu’à la maîtrise. C’est en 2006 que Julien décide de quitter la région parisienne et de s’éloigner de toutes les violences collectives qui surviennent alors dans les banlieues. Songeant à son amour pour la guitare et avec son intérêt à réinventer l’instrument, ses recherches l’amènent encore une fois un peu par hasard, sur le site Internet de l’École nationale de lutherie du Québec, située à Limoilou, où il se rendra et complètera son diplôme avec mention. Par la suite, c’est une rencontre avec une artiste qui le mènera à faire son DEC en sculpture au Cégep de Limoilou en partenariat avec la Maison des métiers d’art de Québec où il apprendra à maitriser les techniques de modelage, de taille et d’assemblage de différents matériaux. Ensuite, il poursuit ses créations artistiques en sculpture et peinture et a la chance de participer à l’élaboration des projets en collectivité avec d’autres artistes.

HipstamaticPhoto-516237254.708302Objet synchronique

Dernièrement, il a complété sa maîtrise en arts visuels de l’Université Laval en seulement deux ans tout en participant à l’enseignement de la sculpture au BAC et au DEC à la MMAQ. C’est à cette période qu’il découvre vraiment que l’art n’a pas de limite. C’est maintenant qu’il commence à s’amuser beaucoup à manipuler l’image et les idées. Il s’intéresse à l’analyse du fonctionnement des choses et tout devient prétexte à la discussion, à se pousser, à raconter une histoire. La base, pour lui, c’est de se poser la question. Ce n’est pas tant la matière c’est plutôt la philosophie derrière l’idée. En ce sens, il y a donc autant de formes d’interprétation de l’art que de personnes. C’est d’ailleurs ce qu’il applique dans son enseignement. Il aime interroger ses élèves et les guider vers des recherches et des réponses.

HipstamaticPhoto-523566587.379702Quelques calculs de Julien, dans son atelier

Au printemps dernier, nous avons d’ailleurs visité Julien lors de son exposition de fin de maîtrise intitulée  »S4DP+, Programme de découverte spatiale pour ceux qui mélangent les chiffres et la poésie » à la Maison Tessier-dit-Laplante de Beauport. Grandement inspiré par les mathématiques,  les calculs et la physique, pour Julien les chiffres sont rassurants. Dans ses créations, il s’impose souvent une mesure stricte ou une règle bien établie qu’il s’amuse ensuite à défaire dans son processus en créant volontairement une anomalie. Un cadre rigide qui est au fond un faux cadre pour lui.

HipstamaticPhoto-516237323.987513Ici, à son expo, nous avons lu les indications d’un jeu que Julien a créé, Jeu de dalles 4-4 [Odyssée]

Dans sa démarche Julien s’inspire beaucoup de la gravure  »La Melencolia » de Dürer, peintre allemand du 16e siècle. Tout comme Dürer l’utilisation du rhomboèdre (cube tronqué) est souvent représenté sur ses toiles et dans ses sculptures. Les différentes surfaces métalliques polies rappellent aussi les gravures. Lors de son exposition, une interprétation de La Melencolia est même présentée dans l’installation sonore intitulée « Dürer, l’Enfant et son chien II ».

1. Dürer, l’Enfant et son chien II   2. Hyperstructures

C’est dans cette même installation où l’on a pu revoir le petit garçon tenant un hippopotame rose par la queue que nous avions découvert avec surprise dans la vitrine de La Maison Simons, sur la Côte de la Fabrique, dans le cadre de la Manif d’Art 8.

HipstamaticPhoto-516237824.505374Lors de notre visite de son expo du printemps, Dürer, l’Enfant et son chien II

Jouant autant avec les représentations picturales, spatiales, le son et la vidéo, Julien s’est aussi dernièrement laissé tenter par le tissage où le calcul de contraste entre le fil de chaine et le fil de trame dans la révélation du motif, plus ou moins sombre, fût une découverte tout à fait intéressante pour cet artiste qui se qualifie lui-même de cartésien. Mais c’est sans doute sa démarche de  »quelque part à 107 244 km/h autour du soleil en solitaire » qui nous a le plus étonné. Mission de 24h isolé dans son vaisseau spatial en plein mode créatif qui fût diffusé sur deux écrans en 24 vignettes.

HipstamaticPhoto-516237115.301585Ici, le monde spatial de Julien, dessin réalisé pendant la performance de 24h

Questions en rafale posées à Julien:

  • Équipe ou individuel: Les 2.
  • 2ds ou 3ds: 4ds.
  • Quel genre de musique aimes-tu écouter en travaillant: Justice (duo électro), Beck, The Smiths. Ses albums favorits sont « The queen is dead » de The Smiths (ça en est même systématique!), « Sea change » de Beck et « Parachute » de Coldplay, même s’il n’aime pas nécessairement ce dernier. Le CD est seulement dans son auto depuis des années…
  • Quel genre de musique aimes-tu écouter pour relaxer: Les mêmes qu’en travaillant. Il nous dit que sans musique, il s’ennuie.
  • Ton plaisir coupabe: Un Big Mac, le vrai!
  • Cinéma ou séries télé: Comme les deux sont une forme d’art, il aime les consommer. Il écoute beaucoup de séries.
  • Bière ou vin: Bière.
  • Peux-tu nous dévoiler quelque chose que peu de gens connaissent de toi? Je ne suis pas un vrai astronaute.

Fidèles à nos habitudes, nous lui avons aussi demandé de nous faire découvrir un endroit qu’il aime particulièrement. Il nous répond: Le restaurant la Cuisine. Il a pris l’habitude d’y aller en sortant de l’école lorsqu’il était étudiant puis après les cours lorsqu’il enseigne à l’École des Métiers d’Arts. Les proprios y sont vraiment agréable. Il y aime la musique des années 70-80 et la nourriture simple et réconfortante. Il s’y sent à la maison.

HipstamaticPhoto-516237486.314183Objet synchronique

Julien partage le grand atelier de Ludovic Boney, que l’on connait entre autre pour ses oeuvres d’art public du Musée National des Beaux-Arts de Québec et de L’Hôtel Musée de Wendake. Ludovic lui a enseigné en 2011 et Julien a aussi déjà travaillé pour lui. Alors qu’ils s’aident et se côtoient au quotidien, ils n’ont par contre jamais conçu ensemble d’oeuvre. Ils partagent régulièrement leurs idées, leurs ressources matérielles, leurs contacts et la main d’oeuvre.

HipstamaticPhoto-523565002.533411À l’atelier de la Rive-Sud, qu’il partage avec l’artiste Ludovic Boney

Le printemps a été très occupé pour Julien. En ce moment, alors qu’il débutera une nouvelle session d’enseignement sous peu, son emploi du temps reste très rempli entre ses projets personnels,  sa nouvelle association avec la compagnie de mobilier architectural et publique ADN et ses mandats d’aide à promouvoir les artistes et étudiants. Chez ADN, il est engagé pour rédiger des textes pour les volets promotionnels et de consultation. Avec ses amis artistes, il aide à l’orientation de leur concept et fait la rédaction de leur démarche pour les soumissions de projets. Il aime leur donner des idées, mais toujours sans les influencer. Julien nous explique qu’il a besoin d’un équilibre entre la création et ses autres rôles.

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Pour ce qui est de ses projets personnels, Julien emploie de l’aide pour certaines des étapes et décide souvent de travailler en équipe. Ceci lui fait gagner un temps précieux qui lui permet de faire des choix de projets ou de se concentrer sur les phases de conception qu’il préfère. Lorsque nous l’avons rencontré, il terminait 4 instruments de musique pour l’Orchestre Symphonique de Montréal, projet du volet éducatif de l’OSM en collaboration avec Rémy Rouleau, luthier et la compagnie de design Dix au Carré. Il nous explique ce projet comme étant à mi-chemin entre l’art et la lutherie. Il applique en effet certaines notions de l’art mais il doit aussi étudier la fréquence du son en lien avec la densité des matériaux utilisés. Cette journée-là, il complétait aussi la maquette de sa proposition pour le 1% en art public du Parc Chauveau. S’il est choisi, sa sculpture sera installée à l’entrée du Parc linéaire de la Rivière St-Charles. Nous avons eu la chance de voir aussi ses modélisations 3ds sur Sketchup. Julien nous a expliqué qu’il n’a aucune contrainte pour ce concept. Nous saurons plus tard à l’automne s’il sera sélectionné et nous vous tiendrons bien sûr au courant.

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Alors que Julien se décrit comme un artiste pas si artiste au fond, mais plutôt cartésien qui est confortable dans la rigidité des calculs, il parait surpris lorsqu’on lui dit qu’il nous semble pourtant aussi heureux de se laisser aller là où la vie le mène, sans plans précis et calculés pour l’avenir. Depuis le début de ses études, Julien a été tout à fait libre de suivre les opportunités qui lui ont été offertes le long de son parcours. En fait, il nous explique que le cartésianisme vient avec « le doute cartésien », ce qui revient à bâtir et à douter, tout comme ces règles qu’il s’impose et finis par détourner. Cette attitude lui a permis l’audace de déménager de l’autre côté de l’Atlantique pour y faire des découvertes et des rencontres qui ont changé son destin. Il s’avoue lui-même surpris de ce qu’il a fait de sa vie jusqu’à maintenant et ignore totalement ce qui s’en vient pour lui, ce qui est définitivement une source d’inspiration pour nous.

Et pour vous? À « est-ce que je peux? » Répondriez-vous aussi: « Tout doit être fait »?

Un gros merci à Julien, pour son temps et son enthousiasme. On te recroisera certainement bientôt dans une expo artistique ou à la Cuisine!

 

À ne pas manquer ce samedi 9 septembre, Artroc où Julien participera: http://quartierartsquebec.com/evenements/montcalm-fete-artroc/

Pour en connaitre davantage sur Julien et voir ses oeuvres: https://www.julienlebargy.com/

Pour le suivre, abonnez-vous aussi à sa page Facebook ici: https://www.facebook.com/julien.lebargy.art/

Photo d’en-tête: Julien Lebargy astrosolitaire, tapisserie jacquard, fabriquée par lui-même. / Photos: Isabelle Rhéaume et Cynthia Roy
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